Belles à quel prix ? Entre tradition et culture.

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Dans de nombreux pays, la saison estivale donne souvent lieu à l’exhibition d’un corps plus ou moins musclé, sculpté, préparé voire transformé.

Par la pratique du sport et/ou par la chirurgie esthétique, la dictature de l’apparence presque parfaite semble aujourd’hui être la condition sine qua non pour réussir sa vie. Et le dicton populaire disant qu’il faille « souffrir pour être belle » a encore de beaux jours (ensoleillés) devant lui.

De plus en plus de femmes et de jeunes filles se jettent ainsi à corps perdus dans la quête de la perfection, grâce à des actes qui tendent à se démocratiser au point de se banaliser. Augmentation mammaire, lipofilling des fesses par injection de graisse et autre liposuccion, rhinoplastie ; sans parler des autres dérives de la beauté conditionnée, à savoir l’anorexie dans la course à la minceur, le gavage à contrario sous certains cieux pour pousser à l’extrême les courbes féminines, l’éclaircissement de la peau dans l’idéalisation de la blancheur ou du recours au botox dans la lutte vaine contre la vieillesse.

Toutefois, si la conception de la beauté tend à s’uniformiser, certains critères ne sont pas sans douleur, bien au contraire. Ils sont des signes d’intégration au groupe culturel auquel s’identifie ou appartient l’individu quand ils ne témoignent pas de leur emprise sur ce dernier. Et ironiquement, même si les hommes n’en sont pas privés, elles impliquent d’abord et avant tout les femmes.

En effet, on ne peut que constater que la femme plus que l’homme vit sous une constante pression de la société qui veut la façonner encore et encore. Elle doit toujours se vendre sous son meilleur jour, et satisfaire à certaines normes imposées ou subliminales, modulables d’une culture à l’autre. Comme si elle devait à tout prix afficher une rente calculée en fonction de sa conformité aux diktats ou traditions. Ceci, certainement pour mieux déterminer ses chances d’être choisie par un homme ou d’être adoubée par ses contemporains.

Ainsi, c’est parfois dès la naissance et souvent pendant l’enfance, que les fillettes sont harponnées dans des traditions qui leur signifient déjà la place qu’elles tiendront dans le monde. Pour preuves, beaucoup ont subi et subissent encore des rites ou épreuves qui font intervenir la douleur et qui, outre la valeur esthétique, traduisent en général un passage à l’âge d’adulte. Une sorte de renaissance esthétique douloureuse qui leur permet d’être des femmes à part entière.

Rites de « passage »…quelques exemples dans le monde

  • Les « Femmes girafes » : nom donné aux femmes Padaung (ou Kayan) d’Asie et les Ndebele en Afrique du sud.

C’est orné de bijoux en spirale de cuivre ou de laiton qui leurs confèrent une malformation de leur anatomie au cours des années que se parent ces femmes. Et plus les anneaux sont nombreux, plus la femme est considéré comme belle.

  • Le « Jammu thigne » ou le tatouage des gencives

Il s’agit d’une pratique ancienne et assez répandue, notamment chez les femmes Soninké, une ethnie d’Afrique de l’Ouest, présente surtout au Mali, ainsi qu’au Sénégal et en Mauritanie. 
Une coutume exercée à la base pour fêter le passage des jeunes filles à l’âge adulte. Une épreuve esthétique qui permet de mesurer leur courage dans certains villages.

  • Les pieds bandés des fillettes chinoises

Pendant plus de 1 000 ans, les mères chinoises ont enveloppé les pieds de leurs filles de bandages serrés afin de les rendre aussi petits que possible. À leurs yeux, une jeune fille qui n’a pas de petits pieds ne pourra jamais trouver un mari qui fasse honneur à sa famille. En effet, la taille du pied est un élément essentiel de la beauté. Les édits impériaux de 1902 interdisent la déformation des pieds. Mais, il faudra attendre 1911 et la naissance de la République pour que des mesures efficaces soient prises.

  • Le limage des dents humaines

 Le limage des dents a eu lieu un peu partout dans le monde: Afrique, Asie, Amérique, Europe. Une étude indique que le limage des dents a pour but de ressembler à l’animal totem. Une autre étude indique que le limage des dents est motivé par l’esthétique, le courage et la bravoure, la notabilité ou la hiérarchie sociale. L’esthétique dentaire en était la principale raison chez les jeunes filles.

Ces pratiques comme de nombreuses autres, que l’on peut juger de barbares, n’avaient pas vocation à être volontairement cruelles, mais, étaient entendues comme participant à assurer un avenir plus radieux aux jeunes filles. Il est à noter cependant que la douleur bien présente ont amené à la sensibilisation par le biais de campagnes qui contribuent encore aujourd’hui à mieux prendre en considération l’avis des concernées.

Et si la véritable beauté résidait dans l’acceptation de soi, des autres avec leurs qualités et défauts ainsi que de la confiance en soi ? Car après tout, comme dit le proverbe anglais «  la vraie beauté est dans l’œil de celui qui regarde ». Toute relative.